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Coronapolice : restons vigilents... / Coronapolice: let's remain vigilant / Koronapolizei: Bleiben wir wachsam.
[FR]
Paul écrit dans son épître aux Thessaloniciens que l’Empire romain agit comme un katechon, c’est-à-dire comme un pouvoir qui masque la réalité agissante de l’apocalypse. Or l’apocalypse correspond en même temps selon lui à la Parousie, qui est la seconde venue du Christ. L’effondrement de l’Empire, c’est l’apocalypse, mais c’est aussi la révélation de la rédemption.

« La tradition des opprimés nous enseigne que ‘ l’état d’exception’ dans lequel nous vivons est la règle. Nous devons parvenir à une conception de l’histoire qui rende compte de cette situation. Nous découvrirons alors que notre tâche consiste à instaurer le véritable état d’exception. »

Walter Benjamin

La crise sanitaire inédite que le monde traverse actuellement est un lever de rideau. La catastrophe immanente dans laquelle nous évoluons depuis maintenant plusieurs décennies – et qui est rythmée par les inondations, les incendies, la lente mise à mort du vivant non-humain – révèle aujourd’hui son actualité. La catastrophe est toujours déjà-là, et nous sommes désormais obligés d’ouvrir les yeux.

L’éternel retour du même dans lequel nous baignons, amorphes, depuis bien trop longtemps, est brisé par l’événement exceptionnel que représente l’épidémie. Elle est l’absolument nouveau qui nous tombe dessus comme une pierre, sans crier gare. Le temps s’est cassé en deux.

Cet événement est de nature apocalyptique. Il est terrible, évidemment, et les populations les plus précaires sont également les plus menacées. Mais il offre également une possibilité de rédemption. Il n’est pas question ici de glorifier aveuglément le caractère « purgatif » d’une catastrophe qui va frapper de plein fouet les personnes âgées, les plus fragiles, les plus pauvres. Il faut résister à l’idée simpliste selon laquelle la maladie serait une aubaine puisqu’elle ouvre une brèche dans ce monde que nous haïssons tant.

Ce qu’il faut essayer de percevoir, par contre, c’est le kairos qui s’ouvre à partir de maintenant. La catastrophe est déjà là. Transformons-la en opportunité de changer le cours de nos vies.

« Nous sommes en guerre », martèle Emmanuel Macron dans son allocution du lundi 16 mars. Comme l’avait bien vu Carl Schmitt, la guerre est le paradigme qui a de tout temps guidé le mode de gouvernementalité libéral.

[La guerre est déclarée, oui, mais elle n'est pas celle annoncée. Elle est à la fois économique et sociale. Elle veut à la fois affaiblir l'adversaire économique, qu'il soit Chinois, Etats-Unien ou Européen, mais elle veut aussi affaiblir l'ennemi interne, ces peuples qui demandent trop à nos démocraties en passe de se muer en oligarchies grâce à l'état d'urgence, il y a peu légitimées par le terrorisme, aujourd'hui par l'urgence sanitaire ; demain par l'urgence climatique ?]

Nous sommes en guerre, oui, mais la situation n’a rien d’une nouveauté, et le théâtre des opérations, ce sont nos corps, ce sont nos esprits.

Nous sommes effectivement en guerre. Mais notre ennemi à nous est bien visible. Il porte le costume d’un pouvoir qui participe depuis trop longtemps à la destruction de nos mondes et de nos formes de vie. C’est sur leurs cendres que le capitalisme s’est bâti. Et c’est à cause du néant que celui-ci a installé partout la catastrophe qui est désormais le milieu naturel dans lequel nous gesticulons ; le coronavirus, ce n’est finalement qu’une engeance inévitable de l’Empire. Cette épidémie ne constitue qu’un rappel de plus : il est grand temps que nous arrêtions la marche effrénée de ce monde haïssable qui ne nous promet plus que la ruine, la mort, la désolation.

A l’aune de l’événement apocalyptique, écrit encore Paul, nos manières d’être au monde sont rendues caduques. A nous, mes amis, de transformer ce moment critique en une formidable occasion de repenser les identités que nous pensons incarner, de recomposer les relations affectives qui nous attachent, d’imaginer ensemble le monde que nous souhaitons habiter.

[Mais il ne suffit pas de le penser, mais de l'agir. Que les mobilisations observées, vécues, agies durant cette crise ne restent pas lettres mortes. Qu'elle se pérenisent, qu'elles alimentent une solidarité que nous avons tous expérimentée comme possible et durable. Comme vitale.]

Contre l’état d’exception permanent qui régit nos vies, construisons le véritable état d’exception dans lequel se révèle le mystère de l’anomie. Substituons au gouvernement mortifère de l’économie la puissance joyeuse de la complicité, de l’entraide, de l’amour. Pour cela, nous n’avons pas besoin de souhaiter que le chaos s’installe durablement. Comme l’indique en effet une parabole kabbalistique , « afin d’instaurer le règne de la paix, il n’est nullement besoin de tout détruire et de donner naissance à un monde totalement nouveau ; il suffit de déplacer à peine cette tasse ou cet arbrisseau ou cette pierre, en faisant de même pour toute chose ».

H. L.

www.infolibertaire.net/coronavirus-apocalypse-et-redemption


~oOo~

[EN]
Paul writes in his epistle to the Thessalonians that the Roman Empire acts like a katechon, that is, as a power that masks the working reality of the apocalypse. Now the apocalypse corresponds at the same time, according to him, to the Parousia, which is the second coming of Christ. The collapse of the Empire is the apocalypse, but it is also the revelation of redemption.

"The tradition of the oppressed teaches us that the 'state of exception' in which we live is the rule. We need to arrive at a view of history that reflects this situation. Then we will discover that our task is to establish the true state of exception. »

Walter Benjamin

The unprecedented health crisis that the world is currently experiencing is a curtain-raiser. The immanent catastrophe in which we have been living for several decades now - and which is punctuated by floods, fires and the slow death of non-human life - is now revealing its topicality. The disaster is still with us, and we are now obliged to open our eyes.

The eternal return of the same one in which we have been bathing, amorphous, for far too long, is shattered by the exceptional event represented by the epidemic. It is the absolutely new that is falling on us like a stone, without warning. Time has broken in half.

This event is apocalyptic in nature. It is terrible, of course, and the most precarious populations are also the most threatened. But it also offers a possibility of redemption. There is no question here of blindly glorifying the "purgative" character of a catastrophe that will strike the elderly, the most fragile, the poorest. We must resist the simplistic idea that illness is a boon because it opens a breach in this world that we hate so much.

What we must try to perceive, on the other hand, is the kairos that opens up from now on. The catastrophe is already here. Let us turn it into an opportunity to change the course of our lives.

"We are at war," Emmanuel Macron said in his speech on Monday, March 16. As Carl Schmitt saw it, war is the paradigm that has always guided the Liberal way of government.

[War has been declared, yes, but it is not the war that has been announced. It is both economic and social. It wants both to weaken the economic adversary, be it Chinese, American or European, but it also wants to weaken the internal enemy, those peoples who are asking too much of our democracies which are in the process of turning into oligarchies thanks to the state of emergency, which was legitimated by terrorism, today by the health emergency; tomorrow by the climate emergency ?...].

We are at war, yes, but the situation is nothing new, and the theatre of operations is our bodies, our minds.

We are indeed at war. But our enemy is clearly visible. He wears the garb of a power that has for too long participated in the destruction of our worlds and our life forms. It is on their ashes that capitalism was built. And it is because of nothingness that it has installed everywhere the catastrophe that is now the natural environment in which we gesticulate; the coronavirus, it is finally only an inevitable spawn of the Empire. This epidemic is just one more reminder: it is high time that we stopped the unbridled march of this hateful world that promises us nothing but ruin, death and desolation.

In the light of the apocalyptic event, Paul writes again, our ways of being in the world are rendered obsolete. It is up to us, my friends, to transform this critical moment into a formidable opportunity to rethink the identities we think we embody, to recompose the emotional relationships that bind us, to imagine together the world we wish to inhabit.

[But it is not enough to think it, but to act it. Let the mobilizations observed, lived and acted upon during this crisis not remain dead letters. May they be sustained, may they nourish a solidarity that we have all experienced as possible and lasting. As vital.]

Against the permanent state of exception that governs our lives, let us build the true state of exception in which the mystery of anomie is revealed. Let us replace the mortifying government of the economy with the joyful power of complicity, mutual aid and love. For this, we need not wish for chaos to set in permanently. As a Kabbalistic parable says, "In order to establish the reign of peace, there is no need to destroy everything and to give birth to a totally new world; it is enough to move this cup or this shrub or this stone, and do the same for everything".

H. L.

www.infolibertaire.net/coronavirus-apocalypse-et-redemption

5 comments

Frank J Casella said:

Very interesting and compelling thoughts, Eric. Thank you for sharing this. God knows all things, and has the power to move mountains so to speak. His will is that we depend on Him, and these moments in time like we experience now I believe bring us to ponder and prioritize our lives, through the struggles.
4 years ago

Daniela said:

Un très beau texte qui mérite d'être relu plusieurs fois. Tous ces évènements terribles font pressentir l'Apocalypse ***
4 years ago ( translate )

* ઇઉ * said:

Thanks for sharing this article, Eric.
There is no doubt that things cannot continue as they are at the expense of nature and the poorest and weakest, and the stone that has been set rolling will not miss its mark.
Take good care and stay well.
4 years ago

Annaig56 said:

merci de tout ce que tu nous partage Eric, pour moi qui vivait décaler depuis bien longtemps loin de l'achat compulsif , de tout et rien , de sorties non obligatoires, c'était déjà pour moi une sortie pour vivre au plus près de la nature ,, elle est belle actuellement elle revit, les oiseaux je ne les entendais même plus chanter dans le brouhaha des voitures de la pollution, les trottoirs n'ont jamais été aussi propres,, alors pour moi c'est une épreuve dans une épreuve journalière ,, certains auront compris qui faut réagir,, d'autres n'en feront rien,, le pire de tout c'est la crise économique a venir, pour nos travailleurs,, et ceux en situation précaire,,,
4 years ago ( translate )

Bergfex said:

Thanks for sharing that with us, Eric. It doesn't help out of the helplessness we all personally find ourselves in, but it helps us to understand and bear it better.

For my wife and me, what is happening right now is a very impressive experience. As if the world were suddenly spinning in slow motion. Here in Austria we seem to have been lucky. The government has taken very fast, very hard action. The population was extremely disciplined, the case numbers were never critical, the health care system far from being overloaded.

But it is only seemingly. Yesterday, when we made a long bike tour through the valley where we live, we passed hundreds of small pensions and hotels that were closed. The staff is out of work, the caterers are at a standstill. The dairies are pouring away the milk because the many small local customers do not need cheese or yoghurt. It is unreal and eerie. Normally in Tyrol the summer season starts with the Easter holidays in tourism. This year it is in a different way as empty as on St. Mark's Square in Venice.

I personally am already in the third phase of life. Except for volunteer work, I can only watch, not create. And I can only hope that the decision-makers around the world will finally do what should have been done long ago to preserve our planet.
4 years ago