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LE MUR DE LA HONTE "Mauer der Schande" 30 ans déjà.

LE MUR 20 ANS DEJA

9 novembre 1989 : la fin du Mur de la honte

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Le 9 novembre 1989, à 19 heures, le monde entier apprend avec stupeur la chute du Mur de Berlin









Ce « Mauer der Schande » (Mur de la honte) était alors le symbole de la Guerre froide et de la division du Vieux continent. En Allemagne, pays le plus touché par cette division, la joie est immense. A Berlin, on assiste à d’innombrables scènes de liesse et d’exubérance dans cette ville coupée en deux depuis le 13 août 1961.
Ce que l’on ignore parfois, c’est que ce soir-là, on est peut-être passé à côté d’une sanglante tragédie.
Livrés à eux-mêmes, les gardes-frontières est-allemands auraient pu faire usage de leurs armes. Mais l’ivresse de la liberté l’a emporté sur la barbarie... C’est ce que nous ont raconté plusieurs témoins bien informés.



Au royaume d’Ubu et de Kafka

On a du mal aujourd’hui à imaginer concrètement ce qu’était le système du Mur. Dont le seul objectif était d’empêcher les Allemands de l’Est de gagner la liberté

Kafka aurait pu naître à Berlin du temps du Mur, celui que les Allemands appellent « Mauer der Schande », le « Mur de la honte »... Né à l’aube du 13 août 1961, celui-ci enfermait hermétiquement la partie occidentale de la ville sur un peu plus de 166 km de long, dont 45 km de frontière urbaine.




Il s’agissait en fait d’un double ouvrage : il y avait en effet deux murs pour accroître l’« efficacité » anti-fuyards du dispositif. L’ensemble était composé de 111 km de plaques de béton de 3,5 à 4,2 mètres de haut, et de 55 km grillagés, avec un sommet arrondi pour empêcher l’accrochage de grappins. Au milieu, on trouvait un no man’s land de plusieurs centaines de mètres de large. Cette immense zone était munie de zones de sable fin (pour repérer les pas), de frises de fil barbelé, de chevaux de frise, d’un chemin de ronde goudronné pour les patrouilles, de systèmes de détection et d’armes se déclenchant automatiquement (démantelées en 1987)...

Sans oublier les câbles de guidage pour les laisses de 600 toutous policiers, les bunkers, les postes de tirs, les fosses anti-véhicules, les 302 miradors, les réverbères diffusant dans la nuit berlinoise une lumière très glauque. Et accessoirement 14.000 garde-frontières. Bref, un cocktail bien kafkaïen que l’on pouvait observer « drüben », « de l’autre côté » (sous-entendu à l’Ouest), de plate-formes installés près du Mur. Comme celle sur laquelle monta John Kennedy le 26 juin 1963.



Installation kafkaïenne par excellence, le système du Mur avait des conséquences ubuesques. Il avait ainsi coupé en deux des dizaines de rivières, 32 lignes ferroviaires, trois autoroutes, 187 routes, 193 rues, et des lignes de transport en commun (métro, S-Bahn, le RER Berlinois)... 11 stations de métro sur les 33 que comptait Berlin est avaient été fermées. Il était toujours assez surréaliste de passer de Berlin Ouest à Berlin-Est en métro. Plusieurs dizaines de fois par jour, les rames traversaient, sans marquer l’arrêt, des stations de la zone orientale, gardées par les policiers est-allemands (les Vopos). Avant de revenir tranquillement côté occidental...

Au moment de sa construction, l’ouvrage avait pour mission principal de mettre fin au départ des Allemands de l’Est désireux de partir à l’Ouest (entre 2,5 et 4 millions entre 1945 et 1961, selon les sources). Quelques semaines avant son édification, alors que couraient les rumeurs (malgré les démentis de Walter Ulbricht, le responsable du PC est-allemand), l’hémorragie s’était accélérée et 45.000 personnes avaient alors quitté la RDA. Après le 13 août 1961, le flot s’est évidemment tari.

Curieusement, les chiffres varient aujourd’hui sur le nombre de victimes. Entre 1961 et 1989, entre 125 personnes (selon le Centre de documentation du mémorial du Mur), 270 (selon le bureau du procureur général de Berlin), 421 (selon le Groupe central d’investigation sur la criminalité gouvernementale et liée à la réunification) et 1135 personnes (selon le « Collectif du 13 août ») qui tentaient de fuir ont été tuées par la police ou les systèmes d’armes automatiques.

La tragédie vécue par Peter Fechter, un maçon de 18 ans, observée par des centaines de témoins et photographiée, a particulièrement marqué les mémoires : le 17 août 1962, il est abattu par les gardes-frontières alors qu’il tente de franchir le Mur pour gagner Berlin-Ouest. Grièvement blessé, le jeune homme, en sang, criant « Aidez-moi ! », agonise pendant 50 minutes dans le no man’s land sans que les Vopos n’interviennent. Il est finalement emporté mourant par les policiers est-allemands.

A côté de ces cas dramatiques, entre 40.000 et 75 .000 personnes auraient été condamnées en RDA à plusieurs années de prison pour « Republikflucht », mot-à-mot « fuite de la République ».

Plus de 5000 personnes ont cependant connu un sort plus heureux et sont parvenues à passer à l’Ouest, pour certaines en utilisant les stratagèmes les plus audacieux : tunnel creusé sous le Mur, fuite en ballon, en télésiège bricolé, en véhicule aménagé de cachettes, en voiture plus basse que les barrières de sécurité, en avion d’épandage... « La fuite rend débrouillard », commente un petit ouvrage du musée du Mur à l’ancien poste-frontière Check Point Charlie. Surtout quand il s’agit d’échapper au royaume de Kafka pour gagner la liberté...



La ville divisée



Une seule ville, mais deux parties très antagonistes. Au final, un bien curieux mélange des genres...

La ville de Berlin, ex-capitale du Reich déchu, a été coupée en deux par le Mur pendant plus de 28 ans, entre le 13 août 1961 et le 9 novembre 1989. En fait, la partition remontait à 1945 et à la fin de la Seconde guerre mondiale dans l’Allemagne occupée par les Etats-Unis, l’URSS, la Grande-Bretagne et la France.

Le statut de la ville divisée avait ensuite été fixé par le « statut quadripartite », négocié par les quatre puissances occupantes et entré en vigueur en 1972. L’accord s’efforçait de résoudre les multiples problèmes nés de la partition. Il autorisait notamment les militaires des quatre ex-alliés à se rendre partout où bon leur semblait dans les limites de la ville d’avant 1939.

De leur côté, Allemands de l’Ouest et autres visiteurs occidentaux pouvaient obtenir un visa d’une journée moyennant une somme à changer en marks est. L’occasion un peu « exotique » d’aller se promener en terre communiste à la sauce prussienne, de se promener sur l’avenue Unter den Linden (littéralement « Sous les tilleuls », les Champs-Elysées du Berlin d’avant guerre), de s’encanailler dans quelque Kneipe (café) comme Zur letzten Instanz (La dernière instance...), de manger socialiste dans un self de l’Alex (l’Alexanderplatz, la plus grande place de Berlin Est), de dépenser ses marks est à la Volksbuchandlung (librairie populaire) pour acheter des livres et des disques moins chers qu’à l’Ouest. Et de terminer sa journée au Berliner Ensemble, le célèbre théâtre de Bertolt Brecht, pour voir une pièce du non moins célèbre dramaturge.

Il fallait évidemment ne pas oublier d’être aux postes frontière Check Point Charlie ou Friedrichstrasse avant minuit, heure d’expiration du visa...

La partie orientale, correspondant au secteur d’occupation soviétique et devenue « capitale de la RDA » en 1949, s’étendait sur 403 km et comptait 1,2 million d’habitants. Cette drôle de capitale avait été rebâtie selon les austères canons staliniens et son centre, notamment l’Alexander Platz, « rappelle un Sarcelles amélioré », expliquait ironiquement un journaliste de Libération dans les années 80. On y trouvait des quartiers d’avant-guerre non rénovés, noirs de charbon, ployant sous la décrépitude mais n’en dégageant pas moins un certain charme rétro...

Quant à la partie occidentale (479 km2, 2 millions d’habitants), véritable épine au cœur de l’Etat communiste, elle regroupait les zones américaine, britannique et française. Elle était accessible depuis l’Allemagne de l’Ouest par trois couloirs aériens, trois autoroutes, trois voies ferrées (tous ces axes de transport traversant donc la RDA) et 13 postes de passage.

Cette « vitrine de l’Occident », opulente et ultra-moderne, dont les activités, notamment culturelles, étaient largement subventionnées par l’Etat fédéral allemand, ne faisait officiellement pas partie de la RFA. Avantages pour ses habitants : ils échappaient à certains impôts et le service militaire y était supprimé. Résultat : de nombreux jeunes et artistes venaient y vivre, attirés aussi par un parc de logements anciens à loyers relativement modérés. De plus, dans cette ville divisée, les espaces verts étaient nombreux. Bref, il y régnait une certaine douceur de vivre qui compensait un sentiment d’enfermement bien évidemment lié au Mur.

1ère publication : 09 Novembre 2009











4 comments

M@rie ♥ ♥ replied to :

Merci Christian, j'y suis allée quelques années avant, et j'ai vu ce mur, c'était très impressionnant quand on regardait de l'autre côté, surtout les façades donnant vers nous avec les fenêtres toutes murées, et la grande pauvreté des rues de Berlin est. Mon fils y était aussi juste au moment de la chute, et il a cassé des morceaux de murs pour en garder en souvenir.
12 years ago ( translate )

M@rie ♥ ♥ replied to :

Oui ce n'est pas évident, mais pour toutes ces personnes qui vivaient séparées de leur famille, c'est vrai que c'était un très beau jour.
12 years ago ( translate )

Evelyne Cole said:

Merci Marie pour ce beau rappel de l'histoire. Heureusement qu'il n'y a plus de mur!
12 years ago ( translate )

M@rie ♥ ♥ replied to Evelyne Cole:

Merci Evelyne, oui c'était seulement un rappel pour les 20 ans, et surtout parce que j'ai eu l'occasion d'aller à Berlin quand il était encore là.
12 years ago ( translate )